À chaud – Citadelle, d’Izïa

Ceux qui me connaissent savent à quel point, et avec quelle sincérité, j’aime Izïa, une artiste avec laquelle mes oreilles ont une réaction incroyable depuis 2006.

C’est pas l’objectivité qui va m’étouffer sur cette revue à chaud, mais je promet de faire de mon mieux pour faire taire la groupie et laisser un peu plus de mal au type rationnel (ou qui essaie de l’être en tous cas).

Contexte

Pour citer l’intéressée, c’est un album qui « a vu passer pas mal de choses ». Pour les plus évidentes, je ne citerai que le décès du papa d’Izïa, Jacques Higelin, et la naissance du premier enfant d’Izïa et Bastien. En moins d’un an.  Une période bien chargée émotionnellement qui nous promet de toutes manière un album sur lequel on va ressentir ces charges émotionnelles – Izïa étant une artiste qui arrive particulièrement bien à retranscrire son émotion dans la musique et dans les textes, qu’elle écrit depuis déjà deux albums à quatre mains avec Bastien Burger.

Une progression globale, sur les quatre albums, avec un premier opus brut et un peu foufou (IZIA), puis une transition vers quelque chose de plus structuré (So Much Trouble) puis un passage en français (quelle étape pour la fille d’un grand parolier) qui marquait également un shift musical, avec une présence plus soutenue des nappes électro, des machines au détriment du sempiternel guitare basse batterie. Sur ce dernier album on note de changement total des musiciens qui encadrent Izïa, de nouvelles têtes, et Bastien Burger à la basse (et quelle basse).

Enfin, les 11 jours précédents la sortie de l’album, une série de vidéo présentait chaque chanson, avec commentaire d’Izïa sur ce qu’elle ressentait vis-à-vis du morceau, ce qui l’avait poussé à écrire ce dernier.

Pour ce qui est des choses moins objectives à prendre en compte pour la suite de la review, il faut savoir :

  • Que j’ai eu la chance de voir le concert « en sortie de répétitions » à la Maroquinerie, présentant les morceaux de l’album, sans rien avoir entendu avant.
  • Que de toutes manières j’aime ce que fait Izïa. Ce n’est pas très rationnel, mais chaque fois qu’elle sort quelque chose, je le prends très à cœur. Je vais quand même essayer de mettre cet aspect de côté pour la suite de l’article.

On va commencer par le titre de l’album : Citadelle, qui réfère directement à Calvi, une ville chère à Izïa, notamment Chez Tao, on en reparlera un peu plus tard.

Concernant la photo, elle est signée Lou Escobar, photographe hyper référencée pop culture, avec un esthétique très colorée et dont l’esthétique des mises en scène peuvent facilement rappeler des pontes du cinéma de genre – et Tarantino, pour son affect avec les USA.

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8 / CHEVAUCHER 🏇🏻 ft @jeanneadded

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On déplie l’album track by track

L’album s’ouvre sur Dragon de métal, morceau évident au regard du contexte, qui n’est pas à proprement parler un hommage à son père, mais un morceau sur le manque que génère sa perte. La piste s’ouvre sur des nappes de synthé planantes et une progression d’accords assez glorieux, qui retombe sur un piano simple plaquant ses accords juste pour soutenir les paroles et la voix nue d’Izïa, qui évoque ses souvenirs avec le paternel. Toute l’instru tourne autour de ce piano-voix en restant assez discret, pour ne pas passer à côté de l’essentiel : le message et le souvenir. On notera la batterie, enregistrée par Louis Delorme (batteur sur La Vague). C’est un morceau honnête, transparent mais qui rend complexe l’entrée dans l’album, sachant qu’en tant qu’auditeur nous avons été teasés sur deux morceaux : Trop Vite et Esseulés (en duo avec Dominique A).

On passe ensuite sur Sunset, un morceau co-écrit avec Lescop (musicien/auteur de synth/dark/wave qui avait déjà collaboré avec Indochine pour la réf.) et qui se veut (d’après la vidéo de présentation Instagram dans la veine de morceaux « à la Sia », avec un refrain très fort, comme l’intéressée sait si bien le faire. Niveau thématique on décline l’image du coucher de soleil pour illustrer « la fin », d’une vie, d’une relation, d’un temps, … Plusieurs choses notables (à mon sens) sur le morceau, il y a des traitements de voix en back qui sont intéressants (descentes de plusieurs octaves, utilisation d’un pitch numérique qu’on pourrait retrouver sur un synthé) qui complexifient le fond du morceau. Niveau ambiance on reste dans le numérique avec grosses plages de synthé, très 80’s. J’ai pour ma part adoré l’outro du morceau, avec la mélodie de guitare assez lancinante et mélancolique, qui renquille sur le refrain.

Ensuite, on arrive sur la version studio de Trop Vite, premier morceau à être sorti en Single. Différence notoire avec la version single est une batterie plus pêchue sur la version album, et ce n’est pas une mauvaise chose. J’admets avoir été assez mitigé à la sortie de ce morceau puisqu’on perdait un peu plus le coté rock et hyperactif d’une Izïa en début de carrière ; Mais là où je me suis trompé c’était que 1 – dans la thématique du morceau, elle est toujours là, j’avais qu’à écouter les paroles 2 – c’est sans parler de l’énergie du live que j’ai eu tendance à oublier. Pas d’inquiétude donc. Le morceau est efficace. Pas mon préféré, mais efficace.

On passe à Esseulés, toujours avec une esthétique musicale marquée 80’s. Je me suis d’ailleurs fait une petite remarque là-dessus, étant moi-même de la génération d’Izïa, et ayant récemment développé un culte pour la musique des 80’s, je me demande si c’est global, ou juste une phase normale de la vie qui me pousse à m’intéresser à une décennie que je n’ai jamais vécue. La voix de Dominique A. est impressionnante de clarté et de sensibilité et se mêle avec merveille à celle d’Izïa. La progression musicale est intense, avec une basse qui monte tout au long du morceau, un synthé qui devient omniprésent. On notera le break des 2/3 du morceau qui doit être assez massif en live. Un coup à prendre un frisson comme j’ai pu en avoir sur la version live d’On Attendra l’Hiver de Julien Doré – c’était fou. Le morceau se termine sur un retour low tempo du mélange voix, et un synthé qui fade out. Ce qui me donne l’occasion de parler de Julia Jerosme, qui est sur scène installé derrière le synthé, et qui gère admirablement bien les back vocals, avec une intensité de voix fonctionne super bien.

Concernant le prochain morceau : Sous les pavés, je suis resté sur la voix de Yann Barthès qui présentait le morceau comme « celui de la rentrée ». Je ne suis pas d’accord. Mais j’adore ce morceau. Bon déjà, rien qu’avec le titre, on sait qu’on va se prendre une claque d’énergie – référence directe à Mai 68. Sur la vidéo de présentation on apprend que c’est un des derniers morceaux à avoir été écrit sur l’album, et qui a pour thème central le sentiment d’inadéquation avec une génération, et la mélancolie d’une époque qu’on n’a pas vécue. Petit aparté, j’ai écrit le paragraphe d’avant sans avoir revu la vidéo, je ne sais pas si c’est de la limpidité ou de l’inconscient mais merde ça fait écho. On retrouve la thématique du déchirement, de l’incompréhension – si la Terre tourne, tu tournes avec – de choses qui se passent sans que tu puisses y faire grand-chose, même sans rien vraiment comprendre. Le cri saturé illustre parfaitement cette sensation de pétage de câble, avec une touche d’espoir en fin de couplet tout de même. On notera la basse de Bastien Burger, funky au possible et le synthé aux sonorités typiques de des 80’s avec des boules à la limite du psychadélique. De mémoire la gratte cocotte sur la version live. Autant dire : j’aime bien.

Stoppons tout, c’est maintenant que j’ai eu mon coup de cœur. Avant même de parler du morceau suivant, je dois parler de l’effet qu’il a eu sur moi. Dès la première écoute, j’ai physiquement ressenti un sentiment de plénitude / bien être archi puissant. Et je ne l’écoutais même pas au casque – mais aux écouteurs merdiques qui annulent aucun bruit. Bref, regard hagard et sourire béat. Voici Calvi, un morceau dont le titre réfère directement à la ville chère à Izïa, au titre de l’album (Citadelle) et à Chez Tao, le bar de toutes les soirées passées par les Higelin à Calvi. Ça commence par 8 notes de gratte chorussée, très ambiante, qu’on peut directement assimiler à un Sunset Lover de Petit Biscuit. Jouée en live par le très blond Clément Fonio, qui avait récemment officié à la basse chez Lily Wood and the Prick. Étant, à ma petite échelle guitariste, je dois admettre que j’ai eu un pincement au cœur en apprenant que Sébastien Hoog ne faisait plus partie du groupe, sachant qu’il avait quand même écrit mes morceaux préférés d’Izïa, et que ça pâte me parlait énormément, pleine d’influence blues et d’une patate monstrueuse.

Je reprends. Calvi, hommage à cette ville de cœur, et berceau de beaucoup de souvenirs aussi forts qu’heureux. Pour moi cette chanson est aussi celle de l’album qui parle de Jacques. En tous cas c’est un concentré de joie, qui se traduit par une gratte entrainante, bien que langoureuse, accompagnée d’une basse douce et d’une batterie profonde. Le synthé s’ajoute à la fête en ajoutant des loops pertinents avec le reste de l’album. Côté chant, l’assonance Calvi / Quelle vie rend le refrain d’autant plus planant. On note un deuxième couplet plus profonde et sombre dépeint plus littéralement la ville côtière, exposée aux tourments de la mer et de la tempête, comme une image des temps troublés. Mais Calvi reste une place forte, à laquelle Izïa semble s’identifier, solide même par temps difficile, tout passe, les souvenirs restent. S’en suit le troisième couplet, enrichi de voix en back, et une explosion de la voix principale, on retrouve la Izïa qu’on comparait à une Janis Joplin, capable de pousser ses cordes vocales vers une sensibilité déchirante. Le morceau s’éteint sur la guitare/voix comme un bon souvenir qui reste en tête à jamais. C’est DE LOIN le morceau de l’album que je préfère, on y retrouve tout : Une Izïa qui joue de la voix, forte et intense, mais une tendresse que ce soit dans la musicalité ou dans les textes. Ce n’est pas compliqué, j’ai envie de passer le plus possible dans cette ville, même si je n’y ai jamais mis les pieds.

Le morceau suivant est un morceau qu’Izïa a joué en rappel, seule avec son piano. Idole a pour thème ce sentiment d’insignifiance que tu peux ressentir quand tu penses à une personne que tu admires (Il est tout pour toi, tu n’existes pas pour lui) et toute la violence que l’on peut ressentir en faisant ce constat. Violence vaine, car elle est effacée par l’admiration (Vous avez dit paradoxe ?). De par la composition du morceau (piano voix) on se retrouve sur un morceau très sensible, mêlée d’une violence assez brutale quand tu regardes le champ lexical. J’aime beaucoup ce morceau, parce qu’il parle directement au groupie que je peux être, à l’insignifiance que je peux ressentir devant ces choses que j’aime tant mais dont je ne pourrai jamais parvenir à égaler.

Trève de tristounerie, on arrive au morceau que j’ai été le plus ravi de découvrir sur le live de présentation/rôdage : Chevaucher. Déjà parce qu’il m’a permis de découvrir Jeanne Added, que je ne connaissais que de nom, mais une blondinette sautillante qui joue de la basse et réputée pour avoir une voix péchûe, ça ne pouvait que me parler. Chevaucher comence fort avec une basse funky au possible, avec une ligne qu’on peut chanter à n’importe quel moment en cheur. Seul point particulier qui m’a fait un peu grincer des dents, l’autoTune sur les patterns vocaux d’entrée (LeLeLeLeLe), au moins ça marque le morceau dans les tendances actuelles de la musique. Une légère disto sur la voix de Jeanne Added, puis un refrain appuyé par un synthé très jovial. Allo bonjour, oui, c’est la bonne humeur ! On notera juste le manque de guitare qui fend le ciel en un éclair comme on peut le retrouver en live (qui déboîte sa maman).

Le morceau enchaîne sur Éidarri, une transition musicallement tribale, pleine de percussion, avec un lead de synthé sur un loop de cuivres, portant la voix de Jacques Higelin, comme un spectre formidable.

Cette transition nous amène logiquement à Sentiers, un morceau suivant deux femmes africaines fuyant leur village. Sonorités afro, percussions, cuivres, choeurs de femmes et gimmick de guitare mutée. On a même un Arthur H qui poser un break aec sa voix granitique, qui fait shifter la chanson vers un final éclatant, avec une guitare saturée porté part les cuivres du début qui se font de plus en plus glorieux. J’ai un sentiment un peu partagé sur ce morceau. Déjà parce que je ne connais que très peu la musique africaine, et ce qui peut en ressortir, il n’en reste que pour une première approche, mon oreille n’est pas trop choquée. Mais ça me rappelle surtout une discussion que j’avais eu avec Denis, un ami à moi et Jacques Higelin lui même, juste en dehors du Bataclan, qu’Izïa venait de remplir ur So Much Trouble. Discussion pendant laquelle Jacques Higelin expliquait l’influence qu’avait eu la musique africaine sur Izïa et à quel point il adorait ce trait chez sa fille. C’etun excellent souvenir, que je chéris d’autant plus que je me rend compte de la chance que j’ai eu d’avoir cette discussion, avec lui, ce soir là.

Passons à Cosmos, une chanson super posée et planante je ne pourrais coter que la vidéo de présentation : sur les débuts d’une histoire d’amour entre deux personnes qui se croisent tout le temps par hasard, que le cosmos a réuni. Un arrangement qui mêle pas mal d’instrument de manière très élégante, qui se mélangent ensemble, comme les deux êtres dont la chanson parle. On remerciera la patte de Bastien Burger, qui en plus d’être un parolier à la plume délicate se montre ici comme un splendide arrangeur.

Enfin dernière track de cet album : Que tu saches, une chanson qui clôt l’album, et qui se tourne vers l’avenir, ayant été écrite pour son fils. Un message d’amour puissant et doux, qui l’encourage à avancer malgré tout ce que la vie peut lui mettre comme bâtons dans les roues, toujours se rattacher à l’amour.

Et c’est sur cette image que l’album se termine, un pas vers l’avenir, très illustratif de ce qu’a du traverser Izïa ces dernières années. Pour conclure sur la façon que j’ai eu d’aborder cet album, je l’ai accueilli comme un témoignage, à coeur ouvert d’une artiste qui suit le cours de sa vie, et qui transmet, par sa musique un témoignage super honnête, de ce qu’elle ressent. C’est aussi pour ça que j’aime Izïa, c’est cette façon de présenter les choses le plus simplement possible, que ce soit au niveau de la musicalité que des paroles. On comprend peut être pas toujours ce qui nous arrive (Trop Vite), on peut avoir mal (Dragon de Métal), mais la vie finit toujours par avancer (Que tu saches). Et cette logique est super claire dans Citadelle. On ressent aussi très bien les choses qu’Izïa aime, Calvi est un chef-d’oeuvre pour moi qui n’ai jamais posé un pied en Corse – c’est contagieux.

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